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Tout ce que vous devez savoir sur le kératocône

Tout ce que vous devez savoir sur le kératocône

Recevoir un diagnostic de kératocône peut être bouleversant. Cette maladie dégénérative héréditaire peut sérieusement affecter votre vision et votre qualité de vie. Cependant, grâce à la variété de traitements offerts et aux nombreuses recherches faites sur le sujet, il est possible de bien maîtriser le kératocône.

Qu’est-ce que le kératocône?

Le kératocône cause un amincissement de la cornée (la surface extérieure transparente de l’œil en forme de dôme) qui adopte progressivement une forme conique. La cornée est entre autres composée de nombreuses fibres de collagène. Pour visualiser le kératocône, vous pouvez le comparer à un chandail qui a perdu sa forme à cause du relâchement de ses fibres.

Graphique du kératocône

Cette maladie peut toucher un œil ou les deux yeux et, selon sa gravité, provoquer divers symptômes tels qu’une vision floue ou double, une vision difficile même avec des lunettes ou des verres de contact, ainsi que des vertiges, des maux de tête et une sensibilité à la lumière.

Le kératocône a non seulement des conséquences physiques, mais il peut aussi nuire à la qualité de vie. Une étude (les liens vers les études sont seulement en anglais) se fondant sur des données recueillies dans seize centres médicaux aux États-Unis sur une période de huit ans a montré que même les patients capables d’obtenir une vision de 20/20 ou de 20/30 avec des lunettes ou des verres de contact estimaient que le kératocône avait des répercussions sur leur qualité de vie. Par exemple, certains patients ont mentionné avoir dû s’absenter de leur travail ou ne pouvoir rien faire en fin de journée, sauf aller se coucher.

Qui risque de souffrir de kératocône?

Le kératocône, qui touche environ une personne sur mille, se manifeste habituellement entre dix et vingt-cinq ans, tant chez les hommes que les femmes.

Bien que la cause précise du kératocône soit inconnue, certaines maladies peuvent en être des facteurs de risque. D’après une étude effectuée sur sept années, certaines maladies auto-immunes telles que l’arthrite rhumatoïde, la colite ulcéreuse, la thyroïdite de Hashimoto, l’asthme et le syndrome du côlon irritable seraient associées au kératocône.

Parmi les autres facteurs de risque, on note les maladies atopiques comme les allergies, l’eczéma, le lupus, le syndrome de Marfan, l’apnée du sommeil, ainsi que certains troubles de santé mentale tels que la schizophrénie.

Certaines personnes pensent que le frottement fréquent des yeux (pour en soulager le picotement, par exemple) peut contribuer à la déformation de la cornée, mais cette hypothèse n’est pas concluante.

Le kératocône peut-il entraîner la cécité?

On ne perd pas habituellement la vue en raison du kératocône. Généralement, celui-ci progresse au moins sur les dix ans qui suivent son apparition, mais grâce à un suivi adéquat et aux différents traitements qui permettent de freiner son développement, la cécité s'évite facilement.

Il arrive toutefois que le kératocône entraîne une complication temporaire à laquelle il importe de s’attarder, soit le kératocône aigu. Celui-ci est causé par une déchirure de la membrane de Descemet (une des couches de la cornée) qui provoque un écoulement de fluide dans la cornée et une baisse soudaine de vision. Cependant, des soins adéquats permettent généralement de régler ce problème en quelques mois.

Troubles de la vue semblables au kératocône

On peut parfois confondre d’autres troubles de la vue avec le kératocône. En voici quelques-uns :

  • Astigmatisme : Lorsque la cornée a une forme irrégulière plutôt que parfaitement ronde. Dans ce cas, il n’y a pas d’amincissement réel de la cornée.
  • Lenticône et lentiglobe : Ces deux types de déformations touchent le cristallin (la lentille naturelle de l’œil) tandis que le kératocône déforme quant à lui la cornée.
  • Dégénérescence pellucide marginale (DPM) : Parfois faussement diagnostiquée comme un kératocône, la DPM est un amincissement de régions précises situées sur les côtés de la cornée (et non en son centre comme pour le kératocône). Elle survient généralement entre vingt et cinquante ans et n’est pas considérée comme héréditaire.
  • Kératoglobe : Comme la DPM, le kératoglobe cause un amincissement de la cornée périphérique, mais il est généralement présent dès la naissance.

Peut-on guérir du kératocône?

Bien qu’on ne puisse pas guérir du kératocône, on peut le traiter de différentes manières et réussir à bien le maîtriser tout au long de sa vie. Voici certains des traitements les plus courants :

  • Lunettes ou verres de contact souples : Au stade précoce du kératocône, ils peuvent contribuer à soulager ses symptômes tels que la vision embrouillée. Toutefois, ils ne peuvent pas arrêter sa progression.
  • Verres de contact rigides perméables aux gaz (RPG) : Ces types de verres de contact peuvent légèrement cacher et maintenir la forme irrégulière de la cornée sans s’y mouler, ce qui peut les rendre inconfortables.
  • Verres de contact scléraux : Plus grands que les autres verres de contact, ils reposent sur le blanc de l’œil. À cause de ses appuis éloignés, ce type de verre de contact surplombe la cornée sans la toucher. Les verres de contact scléraux sont souvent plus confortables que les verres de contact RPG. Ils peuvent aussi prévenir la sécheresse oculaire et laisser l’œil respirer davantage. Pour certaines personnes, aucun type de verres de contact, incluant les verres de contact scléraux, ne leur convient à cause de cicatrices, d’une intolérance aux verres de contact ou d’une cornée trop mince.
  • Anneaux intracornéens (Intacs) : Ils consistent en de très petites pièces de plastique que l’on implante dans l’œil afin de remodeler la cornée et ainsi améliorer la vision. Malheureusement, les anneaux intracornéens ne freinent pas la progression du kératocône et peuvent se déloger à la suite d’un coup porté à l’œil.
  • Réticulation du collagène cornéen (CXL) : Cette intervention est conçue pour améliorer la forme de la cornée ou stabiliser la progression du kératocône en renforçant les liens des fibres de collagène de la cornée. En plus de pouvoir améliorer la vision, cette intervention peut permettre à des personnes de porter à nouveau des verres de contact qui ne convenaient plus à leurs cornées. La CXL, qui ne nécessite aucune hospitalisation, consiste à appliquer des gouttes de riboflavine (vitamine B2) sur la cornée pour l’exposer à des rayons UVA afin de favoriser la réticulation (la formation de liaisons transversales) de son collagène. Il n’y a toutefois pas lieu de s’inquiéter, car il s’agit d’une très faible exposition aux rayons UVA. De plus, on veille à ce que la cornée soit suffisamment épaisse avant l’intervention pour s’assurer qu’elle peut tolérer l’exposition.
  • Dans les cas graves, on peut procéder à une kératoplastie (greffe de cornée provenant d’un donneur) ou à une kératoprothèse (greffe de cornée artificielle). Habituellement, on effectue une kératoprothèse après qu’une ou plusieurs kératoplasties ont échoué.

Un avenir prometteur grâce à des traitements innovateurs

Bien que différentes solutions existent pour traiter le kératocône, on mène toujours de nombreuses études à son sujet, et les résultats sont très encourageants. Voici quelques traitements prometteurs :

  • Afin de trouver une solution de rechange à la greffe complète de la cornée, une étude a porté sur la greffe de tissu provenant de la seconde couche de la cornée (membrane de Bowman) dans celle du milieu. Les résultats de cette étude sont prometteurs : dans 90 % des cas, la greffe a freiné la progression du kératocône des participants. Toutefois, puisqu’il s’agit d’une petite étude, il faudrait en effectuer une nouvelle sur un échantillon plus important. Au vu des résultats encourageants, de l’absence de complications postopératoires et du fait que l’intervention est peu invasive, la recherche sur ce nouveau traitement mériterait d’être approfondie.
  • Un groupe de chercheurs de l’Université d’Auckland en Nouvelle-Zélande s’est penché sur l’utilisation de gouttes pour les yeux contenant de faibles concentrations de stéroïdes avec facteurs de croissance pour stimuler la production de collagène afin de renforcer la cornée. Pour l’instant, ses recherches ont porté sur des brebis atteintes de kératocône, mais ce groupe espère passer bientôt aux essais cliniques sur les humains.
  • Au Japon, l'ophtalmologiste Kohji Nishida utilise des cellules souches reprogrammées, soit des cellules souches pluripotentes induites, pour réparer des cornées. La vision de son premier patient s’est améliorée, et il continue ses recherches sur au moins trois autres.
  • Dans la même lignée que la CXL, des chercheurs se penchent sur des techniques peu invasives pour atténuer la déformation d’une cornée atteinte de kératocône. Dans le cadre d’une étude, au lieu d’appliquer de la riboflavine sur les yeux et de les exposer aux rayons UVA, on a demandé à des patients atteints de kératocône d’ingérer 400 mg de riboflavine et de s’exposer à la lumière naturelle 15 minutes par jour. Les patients n’ont signalé aucun effet secondaire, et les résultats sont prometteurs.

Il est important de prendre au sérieux tout changement oculaire ou visuel et de passer régulièrement des examens de la vue. En cas de diagnostic ou de soupçon de kératocône, venez nous rencontrer et voir comment nous pouvons vous aider.

Nous offrons deux traitements possibles, et nos consultations sont, comme toujours, gratuites et sans obligation.